LA NAISSANCE DE LA GRANDE LOGE DE FRANCE | @ Alain Graesel

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LA GRANDE LOGE DE FRANCE (1ère version) NAÎT AU COURS ANNÉES 1720 / 1730 DANS DES CONDITIONS TRÈS PARTICULIÈRES QUI FONT SUITE À LA CRÉATION DE LA GRANDE LOGE DE LONDRES ET WESTMINSTER EN 1717.

La relation entre la maçonnerie française de cette époque et la maçonnerie anglaise de culture hanovrienne sera pendant des dizaines d'années perturbée par les maçons écossais de culture stuartiste également qualifié de "jacobite"(1). Cette opposition historique entre l'Angleterre et l'Écosse est un des éléments structurants de ce que deviendra la maçonnerie en France depuis le 18ème siècle à nos jours.


(1) Jacobite : du latin Jacobus ( = Jacques). Nom donné dès 1689 aux partisans de la maison Stuart souhaitant placer Jacques II (catholique) puis son fils Jacques François Stuart et enfin le prince Charles Édouard Stuart sur le trône. Les Jacobites se sont opposés aux partisans de la reine Marie II d’Angleterre et Guillaume III d’Orange-Nassau (protestant) puis la branche hanovrienne de la maison Stuart. Cette opposition violente et militaire prendra fin par la déroute des Écossais de Charles-Edouard Stuart (surnommé Bonnie Prince Charlie) à la bataille de Culloden (près de Inverness, nord Ecosse) en 1746.

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Extrait de mon ouvrage "La Grande Loge de France" paru aux Presses Universitaires de France, Collection Que sais-je, 3ème édition 2014.

Remarque : je respecte l'orthographe et la ponctuation des textes de l'époque.

[…Extrait….]


De fondateurs tous stuartistes, donc peu enclins à reconnaître l’autorité de la Grande Loge de Londres née en 1717, la maçonnerie française naissait sous de singuliers auspices. Le plus ancien Grand Maître qu’on lui prête ne fait qu’ajouter à cette singularité.

C’est le duc de Philippe de Wharton à qui un texte de 1735, intitulé "Devoirs enjoints aux Maçons Libres", accorde ce titre. Après avoir connu en 1722 une grande maîtrise mouvementée en Angleterre, Wharton, jacobite déguisé en partisan des Hanovre, s’exile sur le continent en 1725.

C’est en 1728 qu’il passe en France, s’efforçant à nouveau de nouer des contacts politiques avec Londres. C’est donc à cette année-là, période présumée de sa grande maîtrise à Paris, que l’on fait remonter la naissance de la maçonnerie en France dans son ensemble : puisqu’elle s’était donné un Grand Maître, c’est donc qu’elle s’estimait suffisamment détachée de l’autorité de Londres pour assumer une forme d’indépendance, bien qu’acceptant encore à l’occasion, des patentes anglaises. Pour autant, y avait-il déjà une « Grande Loge DE France » ?


2. La première Grande Loge de France. – L’extrême diversité des titres employés dans divers documents pour désigner, en France, la jeune franc-maçonnerie de cette époque, montre bien l’inexistence de toute structure institutionnelle clairement définie : « Très Honorable Fraternité des Francs-Maçons du Royaume de France » (1735), « Ordre des Francs-Maçons dans le Royaume de France » (1737), ne sont que des dénominations de circonstances. Jusqu’au début des années 1760, dans l’état actuel de la documentation, l’expression « Grande Loge de France » n’apparaît que deux fois : en 1737, dans le certificat de constitution de la loge Bussy-Aumont, le 14 février – mais apparemment sans signification réelle et sans lendemain, car le 25 novembre suivant, on ne parle que du Grand Maître des « Francs-Maçons dans le Royaume de France ». Dans la version de 1738 des Constitutions anglaises, Anderson précise que désormais « les loges d’Écosse, de France, d’Irlande et d’Italie, assumant leur indépendance, sont sous l’autorité de leurs propres Grands maîtres ». On retrouve du reste la formule « Grand Maître des Francs-Maçons dans le Royaume de France » dans la version du 4 juillet 1755 des statuts dressés par la R…L... Saint-Jean de Jérusalem, qui était précisément celle de Louis de Clermont , Grand Maître depuis décembre 1743. À partir de cette époque, l’expression « Grande Loge de France » revient fréquemment dans les documents maçonniques français, montrant bien l’origine et la signification que l’on doit attribuer à cette nouvelle instance. Les relations qui s’établissent alors avec certaines des loges répandues dans le pays permettent de le comprendre. Ainsi, les Constitutions sollicitées par la loge lyonnaise de La Parfaite Amitié, librement fondée trois ans plus tôt, et accordées le 21 novembre 1756, portent in fine la mention : "approuvé la présente Constitution au nom de tous les maitres des Loges Regulieres de Paris, ditte la G. L. de France, et signé la ditte Cons° Le meme jour et an. F… Moët Mre de la L. du Secret, Écossais et C… de T. et secretaire General de la grande Loge des Mres Reguliers".

Le 10 mars 1760, ce sont les Officiers de deux loges lyonnaises, qui accordent à leur tour, en la ville de Lyon, des Constitutions à une nouvelle loge des Vrais Amis, ainsi rédigées : « Nous les susdits Maitres procedant de l’authorité et du pouvoir qui nous en a été donné par la Grande Loge des Maitres Réguliers de Paris ditte de France. »

La Grande Loge de Paris "ditte de France", dont les témoignages documentaires vont en se multipliant à partir de 1756, semble constituer à cette époque, moins un corps fédérateur à l’autorité unanimement reconnue sur l’ensemble du territoire, qu’une assemblée des Maîtres des Loges de Paris revendiquant, sans doute parce qu’ils comptaient en leur sein la loge Saint-Jean de Jérusalem, présidée par le Grand Maître lui-même, une sorte de prééminence.

En 1763 enfin, lorsque sont publiés les "Statuts et Reglements arrêtés par les quatorze Commissaires nommés par la Grande L… de France […] pour être ratifiés et observés par la G…L... de France et par toutes les LL… particulières répandues dans le Royaume", on dispose pour la première fois d’un sceau au nom de la Grande Loge de France qui matérialise, pourrait-on dire, l’existence de ce corps qui ne peut pas alors être déjà considéré comme une obédience au sens contemporain du terme.

Depuis près de trois ans, cependant, cette jeune Grande Loge des Maîtres de Paris "ditte de France" était déchirée par des querelles.


Notes explicatives.

1. Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, aristocrate de haut rang, militaire malheureux et abbé commendataire de Saint-Germain-des-Prés, fut aussi membre de l’Académie française et Grand Maître des francs-maçons en France de 1743 à 1771

2. C’est-à-dire les frères élus ou nommés pour diriger une loge.

.... et "ON SE PROTÈGE ET ON PROTÈGE LES AUTRES EN RESTANT À LA CASA".

………………… à suivre……………..


Photo : le vitrail qui accueille les Frères et Sœurs qui travaillent dans les temples du Château Saint-Antoine, site de la Grande Loge de France à Marseille. Il présente une allégorie de la GLDF œuvrant à la construction du Temple et affirme les valeurs du triptyque républicain LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ. Il souligne également en base l'appartenance de la GLDF à L'ORDRE DU RITE ÉCOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTÉ.


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