2 septembre 2019 | ENTRETIEN AVEC LE T.’.R.’.F.’. PIERRE-MARIE ADAM, GRAND MAÎTRE DE LA GLdF

C’est la rentrée !

Pour la marquer le Myosotis du Dauphiné-Savoie offre à ses lecteurs un long entretien avec le T.’.R.’.F.’. Pierre-Marie Adam, Grand Maître de la Grande Loge de France qui a eu lieu dans son bureau dans les splendides locaux de l’obédience, rue Puteaux à Paris.


C’est là que nous avons eu une longue conversation (près de trois heures) – sans langue de bois - destinée à être diffusée et publiée en exclusivité dans les colonnes du Myosotis du Dauphiné-Savoie.


C’est un Frère très attachant qui se révèle dans cette conversation, démontrant plusieurs des vertus des Initiés Francs-Maçons.


Tout d’abord – et ce n’est pas négligeable – un courage certain et une ouverture d’esprit évidente.


En effet, il n’est certainement pas sans savoir que le Myosotis du Dauphiné-Savoie a parfois été très critique face à certaines prises de positions de tel ou tel de ses prédécesseurs dans leurs actions à l’encontre de la GLNF…ou d'une blogueuse.


Pourtant, il n’a pas hésité une seconde lorsqu’il lui a été proposé de s’exprimer dans ce blog. Il est vrai que c’était en Israël, au pays des miracles ! 


On ne peut que constater que le discours du Grand Maître de la G.L.D.F. est celui d’un Frère subtil, fin, malicieux, dont les analyses sont à la fois logiques et pertinentes.


Il y démontre être un homme de paix, de dialogue, serein, prêt à casser les a priori, sans pour autant renier ni lui ni la GLDF. Un homme de « parler vrai », dont on sent l’approche à la fois pragmatique et fraternelle – ce qui n’empêche qu’il n’est pas un naïf – et dont on comprend qu’il est l’expression de la formule « une main de fer dans un gant de velours ».


Même si cet entretien s'inscrit dans le cadre d'une campagne de communication, car le Grand Maître de la G.L.D.F. parle dans d'autres blogs, on sent aussi une honnêteté intellectuelle, cette marque des vrais Francs-Maçons, qui, de plus en plus, est  celle des Grands Maîtres contemporains des grandes Obédiences historiques...

Il représente une Franc-Maçonnerie autre que celle choisie par les Frères de la GLNF, mais dont le fond de valeurs est le même. C’est d’ailleurs sur ses valeurs qu’au-delà de nos différences – réelles et parfois profondes – nous devons nous retrouver.

A cet égard, vous verrez qu’il annonce des nouvelles très encourageantes, que certains appelleraient « Scoop » …

Bien entendu, les opinions du Grand Maître de la G.L.D.F. telles que rapportées dans ces colonnes, ses contradictions ( il réfute l’engagement sociétal de la G.L.D.F. tout en expliquant qu’elle est ouverte à ces mêmes sujets sociétaux, et aux « polémiques » sur le genre et relate à titre d’exemple que « Nadjat Vallaud-Belkacem est venue dans le Grand Temple de la G.L.D.F. comme une des avocates de la liberté des femmes »), n’engagent que lui-même et ne reflètent pas la vision du Myosotis du Dauphiné-Savoie (sur certains sujets en tous cas). De même personne ne sera surpris que son approche de la Régularité ne soit pas celle que professe votre blog préféré ! Cependant, c’est la vision d’une importante frange de la Franc-Maçonnerie française, et elle mérite d’être méditée.

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Très Respectable Grand Maître, tout d’abord je te remercie d’avoir accepté de me recevoir ici, dans ton bureau de la Grande Loge de France, et de discuter avec moi pour les lecteurs du Myosotis du Dauphiné-Savoie.


Merci de cette invitation, parce qu'elle me permet aussi d’échanger et de faire connaître mon opinion ou mes réponses aux questions qui vont m’être posées.


Je profite de cette occasion pour te féliciter pour ta brillante réélection lors du Convent par les députés des 927 loges que compte la Grande Loge De France. Il est assez impressionnant de constater qu’ils t’ont réélu avec une écrasante majorité de 93 % pour une deuxième année à la présidence de l’obédience…

Si je peux mettre un petit bémol à ce résultat que j’accepte bien volontiers, même si je me dis qu’il m’oblige beaucoup pour l’an prochain, parce que c’est un défi à relever de faire aussi bien, sinon mieux.


Ce que je veux dire aussi, c’est que, tu auras remarqué que tous les Grands Officiers dont le travail est important pour le fonctionnement de la Grande Loge, ont eu eux aussi un score du même niveau. Et comme je l’avais voulu et comme je l’avais dit dans ma candidature, je voulais travailler de façon collégiale et que chacun remplisse les missions et la charge pour lesquelles il a été élu, c’est aussi une reconnaissance par les Députés pour l’ensemble de l’équipe qui fonctionnait. Pour moi, c’est probablement cela la plus grande satisfaction : bien-sûr moi, mais aussi tous les autres dans le même mouvement…


Précisément, puis-je te demander quel programme tu comptes mettre en place, et, dans un deuxième temps, quelle est ta vision du rôle d’un Grand Maître de la Grande Loge de France en particulier, mais aussi d’un Grand Maître en général ?


Je vais commercer par la première question : le principe même de notre système, même si c’est une année après l’autre, c’est que le Grand Maître est élu pour trois ans, et donc la cohérence de son discours de candidature, la cohérence de son programme, doit être d’essayer, dans la cohérence d’un projet qui se construit sur trois ans, que la première année ce soit d’abord une grande impulsion pour que les choses bougent, car on sait bien que pour un navire comme le nôtre, ou  celui des autres, il faut du temps pour que la machine s’arrête et reparte dans une autre direction.


La cohérence c’est de dire que la première année, c’est une impulsion très forte à donner pour changer, bouger les têtes, faire évoluer, se dire qu’on va évoluer. La deuxième année, c’est la vraie mise en place et la troisième année sera du coup le constat et les résultats, c’est-à-dire l’évaluation de ce qui aura été fait.


La première année, je l’avais fondée sur trois piliers : La gouvernance, l’ouverture et l’Initiatique, et on a commencé à mettre en place dans chacun de ces domaines des changements, des améliorations, des modifications, des évolutions, à parler de la concertation, de la communication, de l’utilisation des moyens technologiques d’aujourd’hui, des réseaux sociaux, des choses de ce type contrôlées et prises en charge par notre obédience et non pas par un réseau social incontrôlé.


La concertation aussi, c’est-à-dire faire en sorte que de plus en plus de Frères se sentent partie prenante de cette maison. Pour cela il faut qu’ils aient accès au discours, à la réflexion, aux choix, aux projets. Et pour moi, la visio-conférence que j’ai voulu mettre en place avec force, ce n’est pas un gadget, c’est pour que, depuis La Réunion où La Martinique, où la Nouvelle Calédonie, en faisant attention aux décalages horaires, en faisant attention aux modes de vie etc.., on puisse avoir un évènement, on puisse avoir une réflexion à laquelle tout le monde va participer, parce que grâce à ce moyen technique, on est tous dans la même salle. Et du coup, on participe tous ensemble à une réflexion collective. Ça, c’est le projet de l’année dernière. 


Ce n’est pas encore mis en place ?


On a, au Convent, fait la démonstration que c’était faisable. On s’est mis en ligne avec un Frère de La Martinique, un autre de Maurice, un troisième de Paris – quand même – pour montrer que ce qui était vrai au loin, l’était aussi de près et aujourd’hui le projet de l’année, le programme de l’année est de mettre en place précisément ce moyen technique, de le mettre à la disposition de tous, d’expliquer comment on va pouvoir le faire fonctionner et d’installer des lieux de réflexions, de restitution, de faire que nos commissions de travail sur l’éthique, les droits de l’homme, le monde qui nous entoure, comme dit notre président, Patrick Blo., c’est-à-dire les interrogations du temps, la bioéthique, la fin de vie, les algorithmes, le transhumanisme, toutes ces questions-là, qu’on ne se contente pas d'y réfléchir dans un petit groupe versaillais, dans un petit groupe bordelais, dans un petit groupe toulousain, mais que toutes ces réflexions à un moment soient mises en commun avec ces moyens, c’est-à-dire concrétiser réellement une réflexion collective utilisable par l’ensemble des Frères.


Le deuxième point, c’est améliorer, densifier nos relations à l’extérieur avec les autres obédiences, aller peut-être plus loin dans des colloques, dans des conférences communes, revenir à l’inverse du passé. Il me semble que pendant un temps chacun voulait être dans son pré carré en montrant en quoi il n’était surtout pas comme les autres. Et du coup, cela a engendré des réflexes d’identité, si je puis dire… surtout, si on est à la Grande Loge de France, on n’a rien à voir avec le Grand Orient, on n’a rien à voir avec la G.L.N.F., on n’a rien à voir avec eux…. Hé bien si ! Il y a quand même un certain nombre de principes, de valeurs, de fondamentaux que nous avons en commun. Mais nous avons des différences : il est bien plus utile de mettre sur la place publique en quoi nous avons des idéaux communs, même si nous les déclinons de manières différentes, parce que c’est notre culture, notre histoire, mais on a ensemble des choses à défendre. Et ces choses à défendre, ce sont les principes et les valeurs qui nous ont construits au départ, et je pense que cette ouverture-là, ce travail-là, nous devons le faire.


Après, on le fait soit toutes les obédiences ensemble, ce qui est compliqué, soit de terme à terme, soit un peu comme à la GLNF et le GODF, on fait les Rencontres La Fayette, par exemple…


Et pourquoi on ne le ferait pas nous ? (Il s’esclaffe).


Est-ce concevable que se développe cette idée entre la Grande Loge de France et la Grande Loge Nationale Française ?


C’est en route ! (Il continue à rire.)


Ce ne serait pas exclusif, forcément, mais pour moi, c’est le seul chemin par lequel on doit aller. Bon, au jour où il y a une multiplication, une multiplicité d’obédiences, il faut que les grandes obédiences disent : voilà qui nous sommes, voilà ce qui nous fonde, voilà notre histoire, voilà notre identité et voilà notre bien commun. Après chacun choisit: je crois en D-ieu, je ne crois pas, je crois à la société…D’accord. Tant mieux qu’il y ait des options différentes, mais qu’on ait tous un idéal qu’on puisse mettre en commun et  crédibiliser aux yeux du grand public et aux yeux de ceux qui ont envie de nous rejoindre. 


L’autre ouverture, c’est une ouverture en termes de solidarité, c’est qu’il nous faut quand-même tourner un peu plus notre regard sur le monde extérieur qui a besoin d’aide, qui a besoin de soutien, qui a besoin de moyens, qui a besoin d’espoir, qui a besoin simplement d’exister, qui a besoin de savoir qu’il existe aux yeux des autres, et surtout de savoir qu’on peut l’aider dans sa façon d’exister. Notre fond de dotation, nos actions de solidarité sont encore trop faibles, et il faut que j’arrive à faire entrer dans la tête des Frères que c’est une action que l’on peut mener. Ça, et nos vieux Frères, parce que la pyramide des âges fait que – heureusement – nous allons vivre de plus en plus vieux. Mais malheureusement nous allons vivre de plus en plus vieux dans un monde où les personnes âgées ne sont pas les privilégiées, par rapport à d’autres… A juste titre, les jeunes ont d’abord leur propre avenir à construire, mais nous, nos Frères, parfois, ont du mal à continuer à venir, à continuer à payer… Il faut donc que nous nous creusions la tête pour trouver  comment mettre en place les moyens pour qu’ils restent Francs-Maçons, qu’ils continuent à partager leur expérience, qu’ils continuent à donner des pistes de travail aux jeunes et donc cela c’est aussi quelque chose que nous allons devoir mettre en chantier.


Le troisième point, c’est quand-même de savoir ce que nous sommes venus faire en maçonnerie ? Est-ce que l’essentiel de notre démarche,  n’est pas l’initiatique ? Et est-ce que l’initiatique n’est pas ce qu’on fait en loge ? Donc le travail en loge constitue l’essentiel de notre démarche, c’est ce sur quoi nous devons absolument insister et faire en sorte que quand un profane arrive, vient d’être initié, après le temps de la découverte, il y ait le temps réellement de l’instruction. Dans quelle structure suis-je, dans quelle institution, dans quelle histoire je m’inscris, dans quel patrimoine je me trouve. Et donc réfléchir pour savoir qui va faire ce travail ? Comment on va choisir ?


Une fois qu’on est Maître, c’est le Graal. On a le sentiment aujourd’hui que l’accession au grade de Maître, donne tout. Mais on s’aperçoit cinq ans plus tard qu’elle n’a rien donné, que le Frère Maître ne sait pas plus où il est au troisième degré qu’il n’aurait pu le savoir au premier, si on ne lui a pas donné cette piste de travail. Et donc, l’objectif, c’est le travail au troisième degré, son contenu, ses grands thèmes et les moyens de le travailler dans la démarche en Loge, dans les tenues.  C’est un vrai objectif, parce qu’en décalé, si les Frères Maîtres s’ennuient, dans un premier temps ils ne viennent plus, dans un deuxième temps, ils s’en vont, et dans tous les cas, c’est un mauvais exemple donné aux jeunes, et c’est l’absence de transmission puisqu’ils s’en vont avant qu’ils n’aient eu le temps de transmettre. Et de toutes façons, ils n’auraient pas pu transmettre puisqu’on ne les a pas mis sur la piste… C'est donc l’objectif principal, même si les autres ne doivent pas être mis de côté.


Pour répondre à la question sur le Grand Maître, mon modèle, mes modèles plutôt, ce sont Gustave Mesureur, et Henri Tort-Nouguès. Gustave Mesureur, parce qu’il a défini le rôle du Grand Maître comme étant celui qui organise l’harmonie dans la maison, c’est-à-dire celui qui donne les moyens de travailler, faire fonctionner l’institution, faire en sorte qu’elle fonctionne de façon harmonieuse, ne pas mettre de bisbilles, ni trop d’ambitions internes au Conseil Fédéral, pour ne pas penser d’abord seulement à ce qu’on va faire demain plutôt qu’à la mission qu’on a aujourd’hui, donc faire fonctionner cette maison, donner à chacun tous les moyens d’exercer le rôle pour lequel il a été élu, faire que tous les Frères se sentent appartenir à une grande entité qui les dépasse mais qui fait la Grande Loge de France, et puis sans être le donneur de leçons ni le Maître à penser (ce n’est pas le rôle du Grand Maître, c’est celui des loges), donner des pistes d’actions, aider, faire en sorte que les VV.’.MM.’. sachent comment organiser une année maçonnique, organiser ce que nous faisons dans le cadre des séminaires des nouveaux Vénérables. Et donc voilà de quoi occuper le temps du Grand Maître, surtout qu’il doit aussi, parce que c’est pour moi un devoir, aller à la rencontre des Frères où qu’ils soient. C’est-dire qu’à La Réunion, les Frères de La Réunion sont des Frères à part entière, à La Martinique, en Guadeloupe, ce sont des Frères à part entière, il n’y a pas de raison, ce n’est pas parce que nous sommes parisiens qu’on doit les voir comme des Frères lointains. Ce sont des Frères proches, qui doivent sentir qu’ils sont proches, qu’on a de l’intérêt pour ce qu’ils sont et ce qu’ils font, d’autant qu’il suffit d’y aller pour s’apercevoir que nous avons des leçons à prendre parfois à la manière dont ils fonctionnent, travaillent, au sérieux qu’ils mettent et au dynamisme qu’ils ont. Ça c’est une des découvertes des premières sorties des Grands Officiers et du Grand Maître en particulier. 


Techniquement, quel est le réel pouvoir de décision d’un Grand Maître de la GLDF ? A-t-il l’obligation d’avoir le consentement du Conseil Fédéral pour prendre n’importe Grand quelle décision ?


Non. La souveraineté, ce sont les Députés des Loges et donc, le Grand Maître doit faire en sorte que les grandes options qu’il a fait valider au Convent soient mises en musique par les Grands Officiers et par l’Exécutif en général. Bien entendu, il prend conseil, il prend l’attache, il fait en sorte que les options qu’il propose, les projets qui sont mis en route, les propositions qui sont faites reçoivent l’assentiment du Conseil d’Administration.


Mais d’abord, il s’agit du projet du Grand Maître. C’est pour cela qu’il a été élu. Globalement les Conseillers Fédéraux ont été élus pour cela, sinon, ils ne sont pas candidats. Si un candidat au Grand Secrétariat ne partage pas les options du Grand Maître, qu’il connait, puisque le Grand Maître fait chaque année un discours dans lequel il fait à la fois un bilan et un projet, si donc le Conseiller Fédéral qui aspire à devenir Grand Secrétaire ne partage pas ses options, alors, il ne doit pas être candidat ! Le Grand Trésorier c’est pareil ! Donc au Grand Maître de faire en sorte que ce qu’il propose soit raisonnable, soit faisable, soit admis par la globalité, mais une fois que cela est fait, et que les Députés décident qu’ils sont d’accord avec ce projet, le Grand Maître fait en sorte que ce projet soit mis en musique par les Grands Officiers. Donc le Conseil Fédéral, dans cette affaire, est l’intermédiaire mais n’est pas décisionnaire.


Le décisionnaire, c’est le Grand Maître, sur les propositions qu’il fait, et le Convent souverain sur l’acceptation qu’il donne à ce projet.


Si j’ai bien compris tes explications, cela veut dire que le Grand Maître ne peut rien décider tout seul ? Il faut qu’il ait obligatoirement l’assentiment des Députés…


Absolument. Pour moi, c’est une vérité : le Grand Maître est celui qui met en musique la volonté des représentants des Loges. Alors, bien entendu que c’est lui qui donne envie, c’est lui qui ouvre des perspectives, c’est lui qui fait valoir des évolutions, c’est lui qui bouscule un peu les habitudes. A lui, à ce moment-là d’argumenter de telle manière que ces projets reçoivent l’assentiment et des loges et des députés qui les représentent.


Une curiosité : je parlais avec un dignitaire de la Grande Loge de France qui me disait qu’en réalité, les loges de l’obédience ne sont pas réellement souveraines : bien qu’en association, si jamais une divergeait, il revient à la Grande Loge de l’arrêter, voire de la casser ?


Bien-Sûr ! Avant d’intégrer la Grande Loge de France, toute loge – comme celle que nous sommes on est allé installer il y a peu de temps une loge en Pologne, à Varsovie – se réunit d’abord de manière un peu « sauvage », c’est-à-dire qu’elle fixe ses propres principes, ses modes de fonctionnement, ses dirigeants. Si ensuite elle demande à devenir une Loge de la Grande Loge de France, cela veut dire qu’elle accepte de facto le Règlement Général, les Principes et les Valeurs et notamment, pour parler un peu comme les Initiés, les Landmarks. Or dans les Landmarks,  un certain nombre de choses sont incontournables, par exemple, travailler en présence des Trois Grandes Lumières, l’invocation du G.’.A.’.D.’.L.’.U.’. , hors de la mixité et dans la progressivité. Voici quatre de ces Landmarks sur les sept.


Si une loge demande à intégrer la Grande Loge de France, c’est qu’elle respecte et qu’elle a envie de s’inscrire dans ses fondamentaux. D’ailleurs, le jour où on intègre la loge, tous ses Officiers, tous les Frères fondateurs prêtent serment sur cet engagement solennel, ce qui leur vaut d’avoir une patente, qu’ils n’obtiendraient pas sinon. Ils auraient peut-être une patente de quelqu’un d’autre, d’une autre obédience, mais pas de la nôtre. Dès lors qu’ils respectent ces fondamentaux, ces règles, ces principes, ils sont de droit autonomes et indépendants. Donc le Travail, la façon dont le V.’.M.’. mène la Loge, l’organisation de l’avancement des Frères, tout cela c’est du ressort de l’autonomie absolue de la Loge, à condition que par exemple, on ne reçoive pas de Sœurs, on n’initie pas de femme, parce que cela irait à l'encontre d'un des Landmarks, et ce n’est pas négociable. Si une Loge a des tentations de le faire, on peut la remettre un petit peu d’équerre, en lui envoyant l’inspecteur, le Conseiller Fédéral et expliquer pour quelle(s) raison(s) il ne faut pas le faire. Mais si la Loge persiste, si malgré tout elle se met dans l’illégalité, alors, on la démolira. Les Frères iront où ils veulent, ceux qui ne sont pas d’accord avec le non-respect des principes, réintégreront une autre Loge de la Grande Loge de France, les autres s’en iront, ils pourront aller dans une autre obédience, qui au demeurant, exigera d’eux les mêmes règles, le même respect… Cela vaut pour les principes, cela vaut pour les finances, cela vaut pour la façon de se gérer.


Les Loges féminines sont pleines de Frères de la Grande Loge de France…


A mon grand désappointement et à mon grand regret. Sur ce point, je donne raison à mes prédécesseurs : on ne peut pas à la fois être dedans et dehors, à la fois dire que nous sommes une obédience régulière et  respectons les Landmarks, et puis s’en aller par convivialité dans les loges mixtes, ou plus grave encore selon moi, dans les loges de la Grande Loge Féminine… C’est non seulement dévoyer notre serment, mais en même temps c’est aussi pousser les Sœurs qui devraient aussi le respecter, à le dévoyer, parce qu’en fait, quand elles accueillent les Frères, elles se mettent dans l’illégalité. Et les Frères se mettent dans l’illégalité. On ne devrait pas !


Qu’adviendrait-il s’il se produisait chez vous ce qui s’est produit au Grand Orient ? Un Frère devient une Sœur du jour au lendemain, et la loi française étant ce qu’elle est…


Nous avons eu deux épisodes, un parisien et un nordiste, de Frères, devenus Sœurs.


A Lille, dans le Nord, c’était réel, c’est-à-dire conforme à l’Etat-Civil. Ce Frère devenu Sœur avait aussi changé d’identité y compris au plan légal de son état-Civil. Donc nous avons fait valoir qu’il n’avait plus sa place dans une loge de la Grande Loge de France, puisqu’officiellement il est devenu femme. Ça a fait un peu de buzz, c’était quelqu’un de combatif, mais en même temps de raisonnable, qui n’a pas voulu engager ce combat et donc elle a préféré s’en aller.


L’autre Frère (de Paris) se sentait Sœur mais sans avoir changé de sexe officiellement…A l’époque, nous n’acceptions pas l’idée qu’elles restent, l’une comme l’autre.


A Paris, donc, le cas est différent: c’est un Frère qui vient en Tenue vêtu en Frère à tous points de vue, et ne devient femme qu’une fois la Tenue finie et qu'il est sorti. Bon. J’ai lu comme tout le monde, au mois d’août dernier le fameux jugement de la justice anglaise concernant un Frère devenu une sœur à la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) considérant que dès lors que cette personne avait été initiée en tant que Frère, on ne saurait lui interdire de continuer à venir. Chez nous, tant que la question ne se pose pas, nous nous gardons bien de la devancer…


La position de la Grande Loge de France est que nos Tenues sont réservées aux hommes, et qu'il n'y a donc pas de femmes en loge quelle que soit la façon dont on est une femme ou on est devenu femme… Si parce que nous interdirons à nos loges de recevoir des Sœurs quelqu’un nous met devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme, ou en justice, on attendra le jugement et on verra bien ce que nous serons contraints de faire avec ce jugement. Pour l’instant, c’est notre position.


Je crains que plus le temps passera, moins ce soit juridiquement tenable !


Oui, juridiquement… Sauf que dans ce cas-là, il faudra obliger les clubs de fumeurs de cigares, de chasseurs, les clubs de foot à en faire autant, hein ! On fera des équipes mixtes, il n’y aura plus d’équipes masculines ni d’équipes féminines … Il n’y a pas de raison de traiter différemment des clubs, des associations et des obédiences. C’est l’affectio societatis, elle existe pourquoi la remettre en cause ?


Pourquoi les profanes choisissent-ils la GLDF parmi toutes les obédiences françaises (plus d’une centaine) ?


Parce qu’ils sont en attente de sens à donner à leur existence, qu’ils ressentent le besoin et la nécessité de se trouver un idéal voire un principe transcendant, de pratiquer la voie initiatique, mais qu’ils ne veulent pas rester déconnectés des réalités et absents de la marche du monde, mais être des citoyens engagés et des acteurs concernés, en respectant les fondamentaux de la Grande Loge : Tradition, Spiritualité, Humanisme.


Qui sont ces Frères ?


Des hommes de tous horizons, de toutes origines, de toutes cultures, de toutes croyances, ou pas, de tous statuts sociaux, portés par les idéaux que j’ai cités plus haut, cherchant à faire advenir un monde plus juste, en pratiquant la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.


Qu’est-ce qui fait votre différence avec bien d’autres obédiences ?


Les Landmarks, et en particulier les Trois Grandes Lumières, Volume de le Loi sacrée, Compas et Equerre, et la non-mixité.

La priorité donnée à l’initiatique en Loge

Les Fondamentaux : Tradition, Spiritualité, Humanisme

La préférence donnée à l’engagement personnel plutôt qu’institutionnel.


Que veut dire le Grand Architecte de l’Univers pour un maçon de la GLDF ?


C’est la définition donnée à l’issue du Convent de Lausanne en 1875 sous l’égide d’Adolphe-Isaac Crémieux : un principe créateur, une force supérieure, le créateur suprême, selon le choix qui convient le mieux à chacun pour définir la Transcendance.


Penses-tu que le fait qu’il existe en France une multiplication d’obédiences soit une bonne chose ?


Bien au contraire, cela introduit la confusion dans les esprits parfois au sein même des Obédiences.


Et ce n’est pas un bon message : la création d’une nouvelle Obédience est parfois le résultat d’une ambition contrariée : n’avoir pas été élu engendre une telle frustration qu’il n’y a pas d’autre solution pour y remédier qu’en étant le Grand Maître d’une Obédience que l’on crée.


Ce n’est pas toujours le cas évidemment, mais quel sens donne-t-on ainsi de la notion de fraternité universelle ?


Et comment les profanes peuvent-ils s’y retrouver quand plus d’une centaine d’Obédiences se réclament de la Tradition et de la légitimité ?


Mais c’est peut-être une réflexion injuste que j’exprime ici !


Combien de Frères y-a-t-il actuellement à la Grande Loge de France ?


Allez, on va dire, pour être « vrai », entre trente-deux et trente-quatre mille, selon les comptages que l’on veut faire, ce qui nous place pour l’instant au deuxième rang sur le podium, derrière le Grand Orient, mais à peine devant la G.’.L.’.N.’.F.’….


Nous avons tiré une grande leçon ces dix dernières années : la course aux chiffres, il ne faut surtout plus se lancer sur cela !...


Non, surtout qu’au bout du compte, c’est un flux, ceux qui arrivent ne font que compenser ceux qui s’en vont, cela n’a pas de sens !


Et nous sommes, nous à la GLNF, bien payés pour le savoir…


(Il s’esclaffe) C’est aussi votre organisation qui veut cela…


Non, je ne pense pas…Précisément, pendant la crise, j’étais très impliqué et cela m’a amené à réfléchir à cela et je pense que l’organisation est très opérante, mais c’est l’état d’esprit qui avait changé et était devenu absolument exécrable. On marchait sur la tête !


La dérive est quand-même venue de la tête. Au demeurant ce qui me pose problème et même à mes prédécesseurs, c’est l’organisation de la gouvernance, c’est-à-dire la durée des mandats et le contenu de ces mandats… Nous, nous sommes à trois ans maximum, depuis le Grand Maître Alain Graesel qui a fait voter cette disposition en application de laquelle,  quel que soit le moment où l'année de son mandat de Conseiller Fédéral on arrive à la Grande Maîtrise (puisqu’il faut être Conseiller Fédéral), quelle que soit l’année, il y a la capacité à être là trois ans.


Alors il y a des options, on dit « et pourquoi pas cinq ans ? », on dit, « pourquoi pas trois ans d’emblée, avec une procédure d’empeachment ?  Ce sont des options que nous mettons en chantier, car le chantier de la gouvernance n’est pas fini, il va seulement commencer à se concrétiser sur des questions comme celles-là, sur le contenu des fonctions des Grands Officiers, sur l’organisation même du Conseiller Fédéral ou du Conseil Fédéral. J’ai repris dans un discours de l’un de mes prédécesseurs qui s’appelait Jean-Louis Mandinaud une phrase, « pourquoi fait-on comme cela, pourquoi on change, pourquoi ne change-t-on pas ? Ce n’est pas parce qu’on a toujours fait comme ça que c’est bien… ». Je trouve le « parce qu’on a toujours fait comme ça », destructeur ! C’est une espèce de politique de l’inertie qui fait qu’aujourd’hui on pratique, on organise nos Conseils Fédéraux, la durée, le nombre, le fonctionnement, comme si on était encore au XIXème siècle. Donc, il faut évoluer avec son temps, avec les manières de travailler, il faut bousculer un peu les choses parce que sinon…


Alors, c’est vrai qu’un mandat de trois ans, c’est court. C’est court pour le projet, ce n’est pas court pour la vie que ça implique car, malgré tout, aujourd’hui, il vaut mieux n’avoir rien d’autre à faire, si on veut être Grand Maître, parce que qu'on l’est à temps plein. C’est aussi pour moi, une difficulté à résoudre : si on ne veut pas que la Grande Loge, comme d’autres obédiences, devienne une gérontocratie il faut trouver les moyens pour que les Frères jeunes ou encore en activité puissent  s’impliquer dans la vie de l’exécutif, et pas seulement ceux qui sont en retraite et qui n’ont rien à faire…


Sur la retraite, il y a retraité et retraité : c’est-à-dire jeune retraité et très ancien retraité… (Il s’esclaffe…) Les faits montrent qu’aujourd’hui, les grandes obédiences sont dirigées par de jeunes retraités qui ont tout : Et l’expérience, et la disponibilité et le dynamisme.


C’est vrai, mais ils ne travaillent plus quand même.


Ils travaillent pour le bien de l’Ordre.


J’entends bien…


Nous avons eu une expérience très cuisante : c’est aussi une leçon que nous avons prise. Celui qui nous a « démonté » était dans la vie active et je pense que cela a aussi été un des facteurs qui a contribué à la crise…


Cela étant, sur le mandat du Grand Maître, chacune de nos maisons a sa culture propre. Mais sur le principe, un an renouvelable – ou pas ! – c’est embêtant quand même parce que cela ne permet pas de mettre en place un véritable programme…


En tous cas, cela oblige à faire attention, à tout faire pour avoir une deuxième année, puis après une troisième année. Et donc, c’est bloquant.


Le principe de la GLNF a été rétabli par Jean-Pierre Servel, qui a réécrit tous nos règlements avec un Frère qui s’appelle Didier Gom. qu’on cite peu mais qui a une large part dans cette rédaction. Tous deux ont abattu un travail énorme en réécrivant notre Règlement Général et notamment, ce qui concerne le mandat du Grand Maître. Après l’expérience regrettable que nous avons connue, le principe a été de rétablir un mandat de trois ans renouvelable une seule fois en créant une procédure d’empeachment, ce qui devrait nous prémunir d’une nouvelle dérive éventuelle venant d’un Grand Maître, sachant que le précédent, lorsqu’il avait été Installé, disposait d’un mandat de trois ans qu’il avait fait allonger à cinq ans par un vote. Il faut reconnaitre la responsabilité de chacun de nous et de notre Souverain Grand Comité. Or chez nous, il existe en filigrane un principe: la confiance. On a confiance dans le Grand Maître, sinon, on ne peut pas l’élire et s’il est élu, c’est que nous avons confiance. Et donc à cette époque, quand il a demandé cinq ans, on les lui a donnés. Aujourd'hui, nous sommes devenus un peu plus sages.  Dorénavant,le mandat est de trois ans renouvelable une fois. Un mandat de trois ans permet à un Grand Maître de mettre en place son programme et de l’appliquer. En ce qui concerne le Grand Maître Jean-Pierre Servel, il a eu besoin de presque tous ses deux mandats, pour rétablir la G.’.L.’.N.’.F.’.. Il ne faut pas oublier qu’il a pris une G.’.L.’.N.’.F.’. qui était presque morte !


Oui, il y a eu tout à refaire, y compris dans les relations avec la Grande Loge Unie d’Angleterre, surtout qu’entre-temps, il y a eu des épisodes


Peut-être les évoquerons-nous très vaguement…


(Il s’esclaffe…)


L’équipe dirigeante de la G.’.L.’.N.’.F.’. de l'époque a dû véritablement refonder, tout rebâtir. Beaucoup alors pariaient sur la mort de la GLNF, dont Marc Henry car ce pari était à ce moment-là envisageable…


C’était même le cas avant lui d’Alain-Noël Dubart plus que Marc Henry. Il était contemporain de la Déclaration de Bâle des cinq obédiences européennes, parce que les discussions étaient de son temps. En revanche, la gestion finale, si je puis dire, c’est Marc Henry qui en a hérité.

La question de la survie de la GLNF s'est vraiment posée à un moment, et si je me permets d’être catégorique c’est que dans cette crise, j’ai été très impliqué, notamment avec le Myosotis du Dauphiné-Savoie, j’imagine que Jean-Laurent Turbet a dû t’expliquer. Donc j’étais vraiment partie prenante avec un poste d’observation très privilégié car j’avais des informations de partout : j’étais dans l’opposition, une opposition très active, ce qui m’a valu d’être condamné en diffamation par Stifani, ça volait dans tous les sens…


Ça a été violent…Cet épisode-là a été violent, à tous points de vue, et aussi à l’interne, pour les Frères qui étaient un peu déboussolés…


C’était une horreur. Et si je dis une horreur, c’est que, sans grossir le trait, des Frères en sont morts. Ils ont été tellement choqués de voir toutes leurs valeurs mais aussi toutes leurs illusions, bafouées…


C’est là aussi la responsabilité du Grand Maître : Quel Grand Maître dois-je être ? Dans l'absolu, celui dont on n’aura jamais à avoir honte, et dans l’idéal, celui dont on pourra être fier mais au moins pas celui qu’il faut oublier parce qu’il a mis à mal les valeurs et les principes.


Il y aura eu au moins un aspect positif à cette crise. C’est que, comme toutes les crises, comme toutes les guerres, elle a permis aux uns et aux autres de se révéler, dans le négatif, comme dans le positif. Et c’est ce dernier que personnellement, je retiens. J’ai découvert des Frères, des merveilles d’hommes, qui me rassurent sur l’Humanité. Et puis, une équipe dirigeante s’est révélée, qui n’était pas forcément appelée à prendre les rennes. Nous avons eu un trio que j’appelle la « Dream team », Jean-Claude Tar., notre Grand Maître Honoraire, je ne sais pas si tu le connais, un homme extraordinaire qui a œuvré avec un très grand succès pour le rétablissement de la GLNF auprès des Mother Grand Lodges (les anglais, les écossais et les irlandais) et des américains, le Grand Maître en titre pendant ces années-là de 2012 à 2018, Jean-Pierre Servel dont la personnalité est formidable, tu l’as certainement rencontré…


Oui, oui, je l‘ai rencontré, il m’a même prédit que j’allais devenir Grand Maitre ! (Il s’esclaffe) C’était une erreur d’analyse de notre fonctionnement… (Il rit de plus belle.)


Ça montre qu’il a aussi des vertus prophétiques ! (Eclat de rire)


Et ensuite Jean-Pierre Rollet qui cumule toutes les compétences et une expérience complète alliée à une grande rigueur. Donc ces trois, chacun avec sa personnalité et ses qualités, sont notre chance !


C’est vrai. Et du coup, vous redevenez, pour les Frères de la GLNF, vous redonnez une image…

Oui, nous sommes à nouveau fiers de nos Grands Maîtres… C’est un sentiment que je pensais définitivement perdu parce que Stifani l'avait mis dans le caniveau…


Il faut dire qu’il a mis le paquet !...


Il y a quelques années, la Grande Loge de France a cherché à obtenir la reconnaissance anglaise, notamment en adhérant à la Confédération Maçonnique Française (C.M.F.), avant de faire machine arrière. Quelle est donc votre vision de la reconnaissance en général, et anglaise en particulier ?


Nous plaçons en priorité la régularité comme critère, c’est-à-dire le respect des Landmarks.

Ce sont les Anglo-saxons qui ont élaboré des critères pour décider parmi les Obédiences de celles qu’ils considéraient aptes à recevoir leur reconnaissance, jugeant ainsi les autres Obédiences à leur aune. Ce n’est pas notre critère.

La reconnaissance n’est pas pour nous l’objectif.

Pour nous l’important c’est la régularité, la nôtre et celle des Obédiences qui la respectent. Dont bien sûr la GLNF et la GLUA !


Penses-tu laisser, à l’issue de ton mandat, une grande Loge de France en meilleur état que lorsque tu l’as reçue ?


C’est mon ambition ! Sinon pourquoi aurais-je été candidat ? Quand on dit dans un meilleur état, cela voudrait dire qu’elle n’est pas en bon état, ce n’est pas vrai: la Grande Loge de France se porte bien, les finances sont saines, nous n’avons pas de dettes qui feraient qu’on va mettre la clef sous la porte, ou que nous allons nous faire recruter dans le Mercato par une autre obédience, rien de tout cela. Simplement, nous avons pris des engagements immobiliers, des engagements auprès des Frères, construire… Et ces engagements-là restreignent – ou restreignaient - nos capacités d’agrandissement d’accroissement. En second lieu, nous avons engagé une démarche sociale en faveur des Frères en difficulté par le biais d’une exonération des capitations totales ou partielles, ce qui est le sens de notre démarche de solidarité quand même! 


Sans doute, avons-nous eu le tort de considérer que les choses allaient d’elles-mêmes…


Je parlais d’Initiatique tout-à-l ’heure : nous avons eu le tort de penser, car c’est une erreur, une faute, peut-être, qu’il était plus important de faire entrer des profanes que de garder des Frères.


Moi je trouve que garder des Frères, c’est presque l’essentiel !


La vérité de la démarche, c’est de faire que ceux qui sont venus avec de grands espoirs, le projet d'améliorer le monde, de s’améliorer, restent ! S’ils ne restent pas, c’est que nous avons raté cette démarche. Et donc, la question est : pourquoi nous ratons cela ?


Ou, pour être plus positif, : comment faire pour les garder ces frères? Et pour moi, pour répondre à la question précisément, un des points d’évaluation, sera le nombre de Frères qui continuent de démissionner malgré les efforts faits, et combien ont pu être dissuadés de partir grâce aux évolutions qu’on a pu mettre en place.


Est-ce que la Grande Loge de France se portera mieux ? Si nous arrivons par notre politique de gestion rigoureuse, d’économie, en tous cas de moindre dépense, uniquement indispensable, si nous arrivons à faire que l’obédience puisse à nouveau investir dans l’immobilier, permettre à des Frères de créer des bâtiments, des lieux, ce sera aussi la démonstration qu’on a déjà géré tout ce qui était à assurer (les investissements en cours etc..) et cela grâce à cette politique, aux efforts que nous demandons à tous les Frères à qui nous avons proposé de voter une augmentation de capitations qui permettait de nous donner un peu de marge, et qui l’ont acceptée ! C'est un de nos grands bonheurs que les Frères aient compris le  besoin de cet effort de leur part. Donc, nous avons crédibilisé notre démarche. Et je crois que si, au bout de mon mandat, les Frères ont confiance dans la façon dont l’exécutif gère la maison à laquelle ils appartiennent, ce sera aussi une marque de la réussite de ce mandat.


Je suis amusé et frappé parce que c’est aussi la priorité de mon Grand Maître, pratiquement dans les mêmes termes…


J’ai déjà remarqué que nous avions quelques parentés - si je puis dire – en tous cas, intellectuelle sur ce point. Je pense que c’est aussi une préoccupation assez générale.


Ce qui veut aussi dire concrètement que vous aussi subissez une perte d’effectifs, c’est-à-dire de Frères Initiés, Passés, élevés qui ne restent pas ?


Il y a eu une érosion…pas énorme. Nous avions encore un delta positif d’une centaine de Frères sur 34.000 avec chaque année peu ou prou 1.500 entrées, où sont passé les autres Frères? Ce sont ceux qui décèdent, ceux qui ne peuvent plus venir.

Un des objectifs est cette « loge des Antiens » que j’essaye de mettre en musique après le souhait de mon prédécesseur de ne plus laisser démissionner les Frères âgés ou handicapés, trouver les moyens de les garder chez nous pour qu’ils finissent leur vie en restant Francs-Maçons et ne démissionnent plus en raison de handicap, d’incapacité mentale intellectuelle ou physique ou financière qu’ils y soient obligés, ou que leur famille les fassent démissionner). C’est NIET ! Ils restent Francs-Maçons ! A nous de nous débrouiller.


Je dirais que c’est normal, mais bravo, car ce n’est pas le cas partout…


Concernant ces Frères âgés,  comment l’obédience peut supporter ces départs ou ces mises dans une loge spécifique où il n’y a aucune obligation financière, comment  compenser les aides qui vont être données, le manque à gagner des capitations tout en continuant à avoir les moyens d’exister. Cette question est basique, car comme le soulignait Gustave Mesureur, il faut faire en sorte que la maison tourne bien, qu’elle ait les moyens de fonctionner, que les Frères puissent vivre leur démarche.


N’avez-vous pas une sorte de Tronc de la Veuve obédientiel ?


Si, nous avons sur l’emploi, pour les Frères qui ont des difficultés tout en étant encore en activité, nous avons l’Entraide Fraternelle, pour les familles des Frères qui décèdent, l’Orphelinat, sur ceux qui sont en difficulté, La Poignée de Main, mais tout cela c’est du bénévolat, si je puis dire, encore que l’Entraide et l’Orphelinat sont des capitations contraintes : chaque Frère donne 13 et 10 euros chaque année dans ses capitations qui sont reversées. En revanche, pour ce qui est de la solidarité de l’hospitalier, que ce soit celui de l’obédience ou les hospitaliers des loges, c’est « A votre bon cœur » !

Mais « A votre bon cœur », vu l’accroissement des besoins, cela ne suffira pas. Et dans cinq ans, on n’y arrivera plus si rien n'a été mis en place. Aussi, cette année, une réflexion va être menée, qui aboutira j’espère avant la fin de ma troisième année de mandat.


Tu parlais d’un orphelinat, s’agit-il d’un orphelinat spécifique pour les enfants de maçons ?

Non, c’est une logique intellectuelle, c’est-à-dire que la Grande Loge sert d’orphelinat aux enfants des Frères passés à l’Or.’.Et.’.. Elle sert d’orphelinat en leur donnant des moyens financiers, en les aidant dans leurs études, en aidant leurs mères à pouvoir les élever et en les envoyant en vacances… ce n’est pas un orphelinat dans le sens où on aurait une institution…


Quelle vision la GLDF a-t-elle de la communication ?


Il s’agit avant tout de continuer à parler vrai, à tous, en suivant cependant le conseil d’Adolphe Crémieux : garder la tradition et son message, mais en l’adaptant aux moyens de la technique moderne, et en utilisant le langage d’aujourd’hui tel qu’il est compris et pratiqué par le plus grand nombre.

En un mot ne pas rejeter les réseaux sociaux au seul motif de la modernité : après tout, nous ne communiquons plus par le télégraphe de Chappe.

Il ne s’agit que de vecteurs de communication : c’est à nous de veiller au contenu du message pour ne pas le laisser pervertir.


En quoi consiste le rayonnement de la Grande Loge de France à l’étranger ?


Elle est porteuse, aux yeux de l’étranger, de ce qui a fait et continue de faire la grandeur de la Franc-Maçonnerie universelle : comme beaucoup d’autres.

Mais elle est aussi le pôle de la Franc-Maçonnerie de Tradition, porteuse d’une démarche de spiritualité et d’humanisme, s’appuyant sur un Rite exceptionnel, le Rite Ecossais Ancien et Accepté. Elle privilégie le travail initiatique sans oublier de tourner ses regards sur le monde qui l’entoure. C’est l’ensemble de ces aspects, et l’image d’un certain nombre de ses grands hommes qui en fait une référence de l’engagement maçonnique.


Il y a un débat historique qui passionne des historiens très connus sur la date de naissance de la Grande Loge De France, toi, tu tranches sur quelle théorie ?


Moi, je ne veux pas faire la guerre ni à Roger Dachez ni à qui que ce soit d’autre (Il dit cela en s’esclaffant). Ça s’est déjà fait, donc il n’y plus besoin de recommencer. La dernière médaille que j’ai reçue est amusante parce que c’est une médaille du Grand Orient sur laquelle au revers, il est gravé 1728. Donc, il me semblait que le Grand Orient était né en 1773, on avait fait quelques festivités là-dessus, voilà que maintenant, c’est 1728 ! 1728, c’est la date que nous, nous donnons comme étant celle de notre naissance.

Il est vrai, et je m’en tiendrais volontiers à cela, que dans sa forme actuelle la Grande Loge de France est née en 1894. Mais il est vrai aussi, c’est qu'en 1728, une Grande Loge est née. Que cette Grande Loge a évolué, a changé de nom, est devenue à un moment Grand Orient, mais parce que le nom de Grand Orient à l’époque, était le rassemblement des loges dans un espace Orient élargi qu’on appelait le Grand Orient…


Certains perçoivent la Franc-Maçonnerie comme étant une secte…Penses-tu utile de contester cela en se justifiant, en amenant une argumentation, ou penses-tu qu’on ne pourra jamais changer l’esprit de ceux qui pensent cela ?


Il est utile de faire une distinction entre une secte et une obédience, ou une association classique. On entre dans la secte parce qu’on a été aspiré, et dont on ne sort plus ensuite, notamment parce qu’on s’est fait capter ses biens etc…

J’essaye d’expliquer, quand la question m’est posée, que la Franc-Maçonnerie, est tout le contraire d'une secte, et qu’en tous cas on n’accepte pas n’importe qui sans les démarches indispensables, qui sont des enquêtes, des vérifications, et puis des auditions sur ce  que cherche celui qui veut venir ? Car il s'agit de l'envie de venir et non celle d'aspirer, même si dans la cooptation on se dit :  ce serait dommage que cette personne, dont on reconnait les appétences ou les aspirations, ne vienne pas nous rejoindre. Mais, malgré cela, il y a des procédures de vérification, de validation, et surtout, si la personne ne veut pas venir, rien ne l’y oblige, et qu’une fois qu’elle est entrée, si elle s’aperçoit ou estime qu’elle s’est trompée,  elle part quand elle veut. Cette simple explication suffit à démontrer qu’une obédience est le contraire d’une secte.


Mais penses-tu  qu'il y ait une nécéssité de se justifier, de dire « non, nous ne sommes pas une secte »?


Oui, car chaque année, dans les marronniers nous sommes des Illuminati, nous sommes les maîtres du monde, nous sommes ceux qui complotent dans le secret, comme dans les années 30 avec « Ils sont partout ! » etc... Dans l’imaginaire collectif, cela reste vrai, malheureusement.

Les deux derniers avatars, étaient dans Challenge et je ne sais plus quel autre hebdo. Dans Challenge, c’était : « Les réseaux d’influence » …L’image pour illustrer les « réseaux d’influence », représentait une équerre et un compas. Et dans le corps du texte, il y avait une demi-page pour dire que non, finalement, ils ne sont plus… Mais cela ne fait rien, cela avait attiré un public qui a acheté le numéro ! Alors, oui, d’une certaine manière, il faut démonter cette image, cette idée, cette conviction que beaucoup de gens ont encore.

Quand mon petit-fils me dit : « Mais toi, tu fais partie des Illuminati, vous êtes les rois du monde », c’est une preuve, non ? Ça me donne du prestige au demeurant (il dit cela en souriant) …


De nos jours, certains reprochent encore aux Francs-Maçons d’entretenir le secret. Il ne me semble pas que ce soit le cas de votre obédience qui signe régulièrement des communiqués. Qu’en est-il au sein de la GLDF ? 


Il est erroné de dire que nous signons régulièrement des communiqués.

Nous nous interdisons même d’intervenir en tant qu’institution dans le débat public, en particulier sur les questions de société.

En revanche, quand les libertés fondamentales sont mises en cause, comme ce fut le cas cette année (modification de la loi de 1905, laïcité, racisme et antisémitisme), alors en effet nous nous exprimons. Mais seulement dans ce cas.


Selon toi, qu’est-ce qu’un Franc-Maçon ?


Un homme vrai, en toutes circonstances.


Selon toi, quel est le rôle d’un Franc-maçon, dans le monde profane ? 


Un homme dans son siècle, au milieu de ses semblables, auxquels par son comportement et son exemple il donne envie de ressembler.

Un homme porté par l’ardente obligation de « vivre selon l’honneur, obéir aux lois, pratiquer la justice, aimer son semblable ».

Nos concitoyens si je puis m’exprimer ainsi, sont des gens souvent de bonne volonté, qui sont conviviaux, qui ne demandent qu’a bien vivre. Le problème, est que la façon dont on leur montre le monde, le nôtre, celui dans lequel ils vivent, est toujours négative. On ne voit que l’angoisse, la peur du lendemain, les craintes, les dangers. On oublie de leur dire que la vie, vaut quand-même la peine d’être vécue, on oublie de leur dire qu’ils ne sont pas là juste pour vivre demain comme ils vivent aujourd’hui, pour faire avancer la société économique. On oublie de leur dire qu’ils ont aussi des ambitions, des projets, des envies, des aspirations et que c’est plus important que le quotidien qu’ils vivent parfois difficilement. Si on ne le leur dit pas, si on ne leur montre pas quelles sont les vraies valeurs, si on n’éduque pas les enfants pour leur expliquer ce que c’est de vivre en société, de vivre avec les autres, ce que c’est d’être un homme, un citoyen, quelqu’un de responsable, ils ne peuvent pas l’apprendre. Or le drame, c’est qu’aujourd’hui, on rapporte tout à soi ! Un exemple bête : je vais en Egypte, avant je photographiais les Pyramides. Aujourd’hui, je fais un selfie : moi devant les Pyramides… Cela illustre l’inversion qu’on a fait dans la société, de ce que doit être la vie, ce n’est pas moi au milieu des autres ! C’est le monde, et moi dedans… Cette inversion-là, elle a détruit d’une certaine manière, notre façon de vivre ensemble.


Incidemment, tu m’as révélé tout-à-l ’heure que tu avais été fonctionnaire de police...


…Aux renseignements généraux !

Et donc, quel effet cela te fait de passer de l’autre côté de la barrière et d’être interrogé très durement comme ça ? (Dit avec un sourire) …


(Il rit aussi) D’abord, que la force de l’expérience fait qu’on ne répond que ce qu’on a envie de dire ! Mais il y a un grand principe, en matière d’interrogatoire : d’abord, on ne répond pas aux questions qui ne sont pas posées. Et on ne répond à la question que dans la mesure où on a envie que ce qu’on dit soit connu.


Plaisanterie mise à part, je ne vois pas d’inconvénient à cela. La seule chose, c’est la confiance à l’égard de celui à qui on parle. Que va-t-il faire de ce qu’on dit. Se mettre à nu, dire la vérité de ce qu’on est, c’est bien, du moment qu’on sait, qu’on pense, qu’on croit que ce ne sera pas utilisé pour dévaloriser, moquer, trouver le côté polémique de la chose…


Je pense que se faire connaître dans ce qu’on a de fondamental, c’est important quand on a des responsabilités. Sinon, on ne connaît pas les ressorts qui ont donné cette envie d’être là où on est arrivé. Et je pense que ça c’est important pour que ceux qui te font confiance, ceux qui croient en toi, ceux qui pensent que tu incarnes bien la fonction, il faut que tu leur dises qui tu es, ce que tu penses, quels sont tes ressorts et pourquoi tu es arrivé là… Et donc là, c’est un interrogatoire, mais dans le sens où on dit ce qu’on est, on dit qui on est, on dit ce qu’on veut, on dit la vérité de la démarche qu’on a entreprise…


Justement, ta confiance a-t-elle déjà été abusée dans ce cadre-là ?


Abusée, c’est trop dire… Disons qu’on compte sur ma bienveillance - imaginée peut-être -

mon empathie, sur les liens qu’on a créés, pour forcer un peu la décision… Dans ce cas, oui.

Mais ce n’est pas une question de confiance, c’est une question de dire : « on se connait bien, j’insiste… » tu vas sans doute te laisser influencer.

En revanche on n’a pas abusé ma confiance au point de dire des choses qui sont contraires à la vérité, contraires à la démarche, contraires à ce qu’on a à faire, là non.


Beaucoup se sont émus il y a quelques années maintenant que l’un de tes prédécesseurs intervienne directement auprès des organisateurs de la Biennale de Bordeaux pour empêcher la participation d’une blogueuse à caractère maçonnique (La Maçonne) reconnue, allant jusqu’à menacer de retirer le financement qu’apporte la GLDF à cette organisation si on n’annulait pas l’invitation faite à cette sœur pour parler de la blogosphère. Bien entendu, je ne te demande pas ton opinion sur cet état de fait, juste si tu peux prendre l’engagement qu’à l’avenir, plus jamais la Grande Loge de France n’interviendra pour empêcher une Sœur ou même un Frère d’exprimer librement ses opinions dans un cadre pourtant profane…


Pour être honnête je ne me souviens pas du contenu même de cette décision. Je pense qu’aujourd’hui nous faisons la preuve – et je veux faire partie de cet aujourd’hui – que nous accueillons, que nous acceptons que dans des manifestations publiques (ouvertes aux profanes, pour être exact), s’il s’agit de sujets sociétaux, de sujets mêmes « polémiques » sur le genre (il y a un mois d’ici, Nadjat Vallaud-Belkacem est venue ici dans le Grand Temple comme une des avocates de la liberté des femmes, etc.) ... Nous avons ouvert notre esprit à des questions qui sont des questions de société. A partir du moment où la question qui est posée - donc on la valide - à partir du moment où tous ceux qui ont quelque chose à dire sur ce sujet sont des gens qui ont la capacité et la compétence pour le dire, Frère ou Sœur, profane ou pas, bien-sûr qu’ils sont les bienvenus !


Nous faisons la démonstration depuis deux ou trois ans de ces ouvertures, de ces manifestations, de ces colloques. Ce qui doit quand même rester vrai, c’est qu’on ne vient pas juste pour « flinguer », juste pour polémiquer, juste pour dire tout le mal qu’on pense de notre manière d’agir. On vient pour apporter sa contribution à une question qui peut-être pose un problème. Là, d’accord. Dans le cas contraire, c’est non !


Et je me demande si en l’occurrence, dans l’exemple cité plus haut il n’y avait pas un peu de cela ?


En deux mots, il ne s’agissait véritablement pas de cela. Elle était invitée parce que blogueuse, à participer à une table ronde ayant pour thème « maçonnerie 2.0 » c’est-à-dire du développement des blogs…


Ce n’était pas de l’incapacité de la Grande Loge d’admettre des Sœurs dans l’obédience ?

Non, pas du tout ! Vraiment pas.


Elle fait quand-même preuve parfois d’une grande violence intellectuelle, philosophique, pas verbale… Il faut relire ce qu’elle a écrit quand j’ai été élu ! Il faut aller voir ! C’est tout sauf bienveillant. Et pourtant, moi, avec elle, je ne crois pas avoir aucun contentieux, d’origine (…)


Serais-tu prêt à la recevoir, à parler avec elle ?


Pourquoi pas ? Du moment que ce n’est pas juste pour se retrouver prisonnier, piégé, mis en cause et cloué d’emblée au pilori parce que je suis Maçon de la Grande Loge de France… ! (…)

Je n’ai pas de réticence à me confronter, à avoir une discussion avec quelqu’un qui n’est pas d’accord avec moi. Du moment qu’on ne vient pas avec une Kalachnikov pour régler des comptes, pour régler avec moi des contentieux dont je ne suis pas comptable (…)

Elle travaille, quand elle dit des choses, elle argumente en allant chercher des textes…Je n’ai pas d’a priori, j’aime le débat d’idée, et même la confrontation…Je suis pour le dialogue, donc, c’est volontiers que je répondrai si elle le souhaite.

Je dois faire une planche ayant pour sujet « Liberté -Egalité-Fraternité » une obédience c’est avant tout une fraternité. Commençons par-là, et ensuite déclinons le reste. Donc, la réponse est oui !!! Tu peux lui donner mon numéro.


Quel est ton livre de chevet ?


Harari ! 


Le penseur israélien !?


Les trois volumes*. J’ai beaucoup aimé le premier, je me suis inquiété au deuxième et pire encore au troisième… Les trois me paraissent fondateurs d’une pensée de notre siècle et de notre temps. D’ailleurs, nous essayons d'avoir cet auteur pour le dîner de la Grande Loge. Il faut qu’il dise oui ! Pour moi, ce serait vraiment une réussite d’arriver à le convaincre de répondre à notre invitation …Nous avons eu Stanislas Dehaene, c’est déjà quelqu’un de très fondateur d’une pensée structurée et surtout prospective…



Vous avez eu aussi Alexandre Jardin, c’est plus léger (sourire) …


Une histoire de zèbres (nous nous esclaffons.) ! Non Harari, ce n’est pas mon livre de chevet quotidien, mais si j’ai à citer un livre important, c’est celui-là. L’autre, c’est celui-ci, mais je ne l’ai pas encore commencé : « Une étude comparée des trois religions et des grands principes : Suivez le guide », juifs, chrétiens, musulmans, manuel pratique, de Catherine Golliau, Pascal Matéo et Ariane Singer, aux Editions Cerf.


C’est intéressant, mais je n’ai pas encore eu le temps de rentrer dedans. Après, à titre maçonnique, je lis et relis Henri Tort-Noguès : L’idée maçonnique. Ce n’est pas mon livre de chevet, mais presque ! On m’a conseillé de lire Bruno Etienne, ce que je vais faire.



Un peu de rêve et de détente…Tu nous dis où tu pars en vacances ?


Oui ! Aux Canaries. Parce que dans l’organisation familiale, je suis occupé depuis quelques années par la Grande Loge, et nous avons sanctuarisés une période, pour nous retrouver en famille avec mon épouse, avec quelques-uns des enfants…


Tu as combien d’enfants ?


Mon épouse Brigitte a cinq garçons, moi j’ai deux enfants (un garçon et une fille), nous avons quatorze petits enfants à nous deux qui s’entendent bien, qui se considèrent comme des cousins, et nous nous retrouvons – pas tous – aux Canaries, à Ténériffe, pour être précis, dans une résidence dont on a acquis quelques périodes, périodes contraintes, ça tombe bien, au mois d’août. Ce système ne se fait plus, mais là, nous sommes contents que cela existe et donc nous y allons.


Ça déconnecte, c’est une bonne température, un bon climat, et puis cela me laisse à la fois le temps de lire un peu et de préparer la dernière tenue d’été, puisque traditionnellement, c’est le Grand Maître qui parle, et c’est à la fin du mois d’août, donc, cela tombe bien !


La démarche qui est celle des Grands Maîtres de la Grande Loge de France qui consiste à aller de ville en ville faire des conférences qui sont faites pour recruter…


Ce n’est pas réservé aux Grands Maîtres de la Grande Loge de France !!!


Quelle est la pertinence de ce genre d’action ? Est-ce que vraiment cela attire des candidatures intéressantes ? N’avez-vous pas l’impression un petit peu de dénaturer la fonction de Grand Maître ?  


Souvent on se laisse inviter. Et souvent c’est dans des endroits, des villes, des Orients où les Frères ont du mal encore aujourd’hui, à se montrer en public…C’est-à-dire que, une ville moyenne, par exemple comme Laon dans l’Aisne, Millau, Carcassonne, les Frères locaux, par leur profession, par leur famille, par leurs amis, pensent que c’est encore un problème de se montrer ouvertement Franc-Maçon dans leur environnement proche. Et du coup, ils ont du mal aussi à parrainer, à coopter, parce que si on s’entend dire non, on a quand même laissé comprendre qu’on est Franc-Maçon soi-même. Et dans ce cas, ils font appel à un Grand Maître, un ancien Grand Maître, à des conférenciers pour dire « venez parler de la Franc-Maçonnerie ! Nous, nous préparons les cartons d’invitation, que nous adressons à des gens que nous pensons capables et susceptibles de nous rejoindre. Mais comme nous ne pouvons pas le faire nous-mêmes, on le fait par le biais de ces conférences ». Cela facilite l’arrivée de gens que nous pensons être bons pour la Grande Loge et la Franc-Maçonnerie en général, sans avoir à « courir de risque ». Le reste du temps, on a pris l’habitude de dire : « Quand on vient pour participer à un congrès, participer à un anniversaire de loge, ou à un Jubilé, on ne va pas venir que pour cela… Dans ce cas-là, organisez-nous un évènement public qui fasse qu’on parle de la Grande Loge, de la Franc-Maçonnerie devant un public profane ».


Cela abouti immanquablement à des demandes d’Initiation, parfois parce que les Frères ont bien choisi les invités, parfois étaient quasiment décidés, et que cette conférence n’a comme résultat que de déclencher la dernière marche.


Je le dis aux Vénérables Maîtres et aux Frères que je rencontre que ce n’est pas la vraie démarche. La vraie démarche, ce n’est ni Internet ni la conférence publique ! La vraie démarche, c’est d’ouvrir le regard dans son environnement et de se dire « celui-là, on aimerait bien qu’il nous rejoigne, on va faire la démarche, on va lui proposer de venir. D’abord, parce qu’on voit comment il fonctionne, on se dit qu’il correspond à notre philosophie et à nos recherches et on gagnera à le voir nous rejoindre. Je pense que ça reste cela, la vraie démarche.


Que penses-tu du "vœu" émis par une loge du Grand Orient de France, la loge Maximilien l'incorruptible, qui après s'être livré à une violente critique du Conseil représentatif des Institutions Juives de France et du gouvernement d'Israël, voulait interdire au Grand Maître du GODF et à son Conseil de l'ordre de participer à toutes manifestations du CRIF, avant que le GODF fasse retirer cette initiative sous prétexte de vice de forme ?


Par principe et par déontologie, je m’interdis de m’exprimer sur les affaires internes des autres Obédiences.


En revanche je peux dire que toute l’histoire, les discours, les écrits et les actes du Grand Orient et de ses Frères montre qu’ils ont toujours combattu contre l’antisémitisme, le racisme et les discriminations en tous genres.


Il n’y a pas lieu d’en dire plus.


As-tu une ambition pour le futur de la Grande Loge de France, indépendamment de ton programme que nous avons évoqué ?


Je voudrais qu’elle apparaisse demain comme aujourd’hui, mais plus encore demain, qu’elle redevienne ce phare qu’elle a été au temps du siècle des lumières, quand l’objectif était de faire advenir, faire exister dans le monde – à l’époque le monde c’était l’Europe – cette croyance dans la Raison, cette croyance dans l’objectif de l’existence qui est de progresser, de devenir plus au milieu des autres, enfin ce qu’a été réellement l’encyclopédie et le siècle des lumières, c’est-à-dire proposer un idéal, et que la Grande Loge de France soit la manière de concrétiser cet idéal que tout homme doit être : devenir meilleur, devenir meilleur au milieu des autres, faire avancer la société…

* Yuval Noah Harari est un historien et professeur d’histoire israélien. Professeur à l’université hébraïque de Jérusalem, il est l'auteur du best-seller international Sapiens : Une brève histoire de l'humanité et de sa suite Homo Deus : Une brève histoire de l'avenir.


 N.B.: Merci beaucoup à Antoine Mon. pour son aide précieuse.


@ Le Myosotis du Dauphiné Savoie - Le Blog des Fidèles d'Amour - ICI


Nota: Agradecemos ao Blog o favor da cedência da entrevista, que agradecemos.

2 septembre 2019 | ENTRETIEN AVEC LE T.’.R.’.F.’. PIERRE-MARIE ADAM, GRAND MAÎTRE DE LA GLdF

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