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La loge, le parti et la question qui reste

  • il y a 4 heures
  • 2 min de lecture

Une enquête publiée le 20 avril 2026 par L'Humanité a mis en lumière l'existence d'une loge rattachée à la Grande Loge Nationale Française, dénommée « l'abbé Suger », qui compterait parmi ses membres plusieurs profils proches du Rassemblement national — des policiers issus de syndicats minoritaires, des élus ou anciens élus politiquement marqués. La GLNF a reconnu que la situation méritait attention. Un membre de sa gouvernance a indiqué que « les voyants sont au rouge ».


Loge « l'abbé Suger », GLNF et RN : ce que l'affaire pose comme question.


En 2024, Le Canard enchaîné évoquait déjà un déjeuner organisé par certains de ses membres avec Jordan Bardella au Cercle de l'Union Interalliée. L'obédience avait alors publié un démenti formel, rappelant sa volonté de rester à l'écart des questions politiques et religieuses. L'affaire de la loge « l'abbé Suger » rouvre le même dossier — avec plus d'acuité.


Image éditoriale symbolique avec une chambre obscure, une ouverture lumineuse, une branche posée sur la pierre et un tissu tricolore évoquant la tension entre loge maçonnique et question politique.
Une porte entrouverte, un temple dans l’ombre et un fragment tricolore abandonné : l’image traduit la question centrale de l’article, celle d’un espace initiatique confronté à ce qu’il laisse entrer, agrège ou refuse de nommer.

Un frère vote comme il l'entend. Aucune obédience ne peut s'ériger en instance de surveillance des consciences sans trahir ce qu'elle prétend travailler. Mais il y a une distance entre la liberté individuelle du frère et ce qui se passe collectivement dans un atelier — et cette distance, la franc-maçonnerie a du mal à la nommer sans se sentir accusée de faire de la politique.


Une loge n'est pas une réunion de personnes privées qui partagent des opinions. Elle a un nom, une mémoire, une direction symbolique. Lorsque cet espace fonctionne comme point de convergence pour une sensibilité politique homogène — et que cette sensibilité entre en tension avec les principes déclarés de l'Ordre — c'est l'atelier lui-même qui est en cause. Pas les opinions de tel ou tel frère pris isolément.


L'ironie du cas tient à une chronologie. Le Front national, prédécesseur du RN, avait autrefois réclamé la dissolution des obédiences maçonniques, les désignant comme des foyers d'influence occulte et anti-nationale. Que des membres proches de ce mouvement fréquentent aujourd'hui une loge de la GLNF sans que cela provoque un débat de fond sur la cohérence initiatique, c'est un signe — peut-être de la normalisation d'un glissement, peut-être de la difficulté des institutions à nommer ce qui les traverse.


La GLNF revendique une maçonnerie spirituelle, régulière, étrangère aux débats politiques. Cette revendication n'est pas fausse dans son principe. Mais elle exige une vigilance proportionnelle à l'exigence qu'elle affiche. Garder le temple à l'écart de la politique ne se décrète pas dans un communiqué. Cela se travaille, atelier par atelier, dans la façon dont on admet, dont on instruit, dont on questionne ce qui entre entre les colonnes.


L'affaire de la loge « l'abbé Suger » n'appartient pas seulement à la GLNF. La question qu'elle pose concerne l'ensemble du paysage maçonnique : jusqu'où un atelier peut-il rester indifférent à ce qu'il agrège ?

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