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LA RELATION ENTRE LA FRANC-MAÇONNERIE ET LES JUIFS : HISTOIRE ET ACTUALITÉ

LA RELATION ENTRE LA FRANC-MAÇONNERIE ET LES JUIFS : HISTOIRE ET ACTUALITÉ


Historiquement la réception des Juifs dans les Loges maçonniques s’est faite de façon un peu différenciée selon les pays, France, Allemagne, ou Angleterre, leur intégration dans la franc-maçonnerie n’étant que le reflet de leur statut dans la société de l’époque. C’est pour cette raison que cela n’a pas été la même chose partout.


En Allemagne par exemple, ils ont été très longtemps barrés parce qu’il y avait une vieille tradition d’antisémitisme, qui remonte à Luther, qui était violemment antisémite. En Allemagne les loges ont refusé les juifs jusqu’au début du XXe siècle. En revanche en Angleterre, où les juifs se sont rapidement assimilés dans la société civile, il y a des juifs dans les loges dès les années 1730. On estime qu’à la fin du XVIIIe siècle, il y a environ 25 000 francs-maçons en Angleterre dont un millier de juifs. Ce qui est très supérieur à leur proportion dans la population en général. En France, c’est encore plus simple. Pendant tout l’ancien régime et jusqu’au Premier Empire, n’ayant pas de statut civil les juifs ne font pas parti de la société française. Ils ne peuvent donc être admis dans les loges. Il y aura tout de même des cas, très limités, du côté de Bayonne par exemple où l’on verra au XVIIIe siècle une loge où l’on a admis quelques juifs qui étaient intégrés dans la société locale, mais il n’y a pas de juifs dans la franc-maçonnerie française au XVIIIe siècle tout simplement parce que les juifs n’ont pas de statut. On ne va les voir arriver dans les loges que sous le Premier Empire, au moment où Napoléon leur donne un État civil.


Ça, c’était une première raison. Il y en a une autre. Au XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie utilise des textes et des rituels qui sont extrêmement imprégnés de tradition chrétienne. Par exemple tous les serments maçonniques, à de rares exceptions près, se font alors sur l’Évangile de Jean, et l’on est à une époque où il ne viendrait à l’esprit de personne de dire que l’Évangile de Jean n’est qu’un symbole. Non, à cette époque-là l’Évangile de Saint-Jean c’est un livre religieux, et un juif ne peut pas prêter serment sur un livre chrétien, c’est impensable. De même, le grade le plus prestigieux pendant toute la période prérévolutionnaire était le grade de Rose-Croix, qui là encore était un grade essentiellement chrétien. Il y a donc une raison externe, politique et civile, et une raison interne, liée à la maçonnerie elle-même, pour expliquer la difficulté d’intégration des juifs dans la franc-maçonnerie des premiers temps en France.


Mais ce qui est très intéressant, c’est que ces deux raisons vont disparaître au XIXe siècle. En 1808 Napoléon donne un statut aux juifs. Ils vont donc pouvoir s’intégrer dans la société française, ils deviennent des citoyens, qui ont un État civil et un statut. Et à la même époque la franc-maçonnerie en France commence à prendre son tournant un peu laïque, déiste, disons voltairien. Tout ce qui est spécifiquement chrétien disparaît ou s’affaiblit fortement. La Bible va disparaître des loges du Grand Orient assez tôt. Donc ce deuxième obstacle disparaît aussi, et à ce moment-là on voit apparaître un phénomène intéressant, et ce sera vrai en France comme ce sera vrai en Angleterre mais à un moindre degré, c’est que les juifs vont très rapidement au cours du XIXe siècle être surreprésentés dans la franc-maçonnerie par rapport à leur proportion dans la société en général. Pourquoi ? Parce que pour eux c’est un cadre d’intégration sociale. À l’époque la maçonnerie c’est la petite et la moyenne bourgeoisie, et les juifs y voient l’occasion de parachever leur intégration dans la société française en y rencontrant ces classes sociales dans lesquelles ils cherchent à se fondre.


Et il est intéressant de noter que c’est à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle, et précisément parce que les juifs sont alors surreprésentés dans la franc-maçonnerie que va naître dans les milieux qui sont traditionnellement hostiles à la franc-maçonnerie, classiquement les milieux catholiques, le principe de la judéo-maçonnerie. Ces milieux hostiles disent « non seulement la franc-maçonnerie c’est contre l’église, mais en plus c’est un repaire de juifs ». Et c’est à partir du dernier quart du XIXe siècle qu’apparaît, toujours dans les milieux catholiques, l’expression empruntée à l’apocalypse « la synagogue de Satan » pour parler de la franc-maçonnerie. On y mélange les deux accusations, la franc-maçonnerie c’est le diable, Satan, et c’est aussi les juifs, la synagogue.

Aujourd’hui on peut encore dire que, dans la franc-maçonnerie française, si l’on regarde les origines religieuses des francs-maçons, les juifs et les protestants dont nous n’avons pas parlé sont les deux minorités religieuses qui demeurent surreprésentées au regard de leur proportion dans la population générale, et à peu près pour les mêmes raisons qu’aux siècles précédents. D’abord, le climat rituel, symbolique et légendaire autour de l’Ancien Testament leur convient tout à fait, et pour les protestants qui comme les juifs n’ont eu un état civil qu’avec l’édit de tolérance pris par Louis XVI en 1787, il y a eu cette même volonté d’intégration sociale à travers la franc-maçonnerie.


Et les ennemis de la franc-maçonnerie ne s’y sont pas trompés. Il suffit de se rappeler la formule de Maurras à propos des quatre états confédérés de l’anti France : le juif, le protestant, le franc-maçon et le métèque…


Et que penses-tu de cette association para maçonnique mais considérée par beaucoup comme la franc-maçonnerie juive et appelée le B’nai B’rith ?


Ce n’est bien sûr pas de la maçonnerie. Cela a été créé aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Déjà à cette époque les américains étaient caractérisés par une très grande ouverture d’esprit sur le plan religieux, et donc la maçonnerie américaine a accueilli toutes les déterminations religieuses, et les juifs comme les autres rentraient très facilement dans les loges. Et ils sont rentrés nombreux. Dès 1802, dans le premier Suprême Conseil du REAA, il y a une majorité de juifs. Mais un certain nombre de ceux-ci, restés marqués par l’esprit communautariste vont souhaiter faire une maçonnerie qui soit uniquement entre juifs. Sauf que la maçonnerie ne permet pas ce communautarisme. Ça ne peut donc pas faire partie de la franc-maçonnerie, et ce n’est pas reconnu par la franc-maçonnerie. Ils ont donc été obligés de faire leur association communautariste en dehors de la franc-maçonnerie, mais en y important dans une organisation qui va s’appeler les B’nai B’rith, les « fils de l’alliance », les formes de la franc-maçonnerie parce que beaucoup d’entre eux avaient été franc-maçon. Pour ce que l’on en sait, car il y a tout même des rituels ou des fragments qui ont été publiés, c’est que, même avec des différences, ces rituels ressemblent très fort à ceux de la franc-maçonnerie. Et on y a gardé les principes : une cérémonie d’initiation, un espace clos qui est une loge, orientée, avec des décors symboliques et des officiers.


En gros cela a été très utile pour les juifs américains, car cette organisation initiatique ritualisée ressemblant à la franc-maçonnerie mais réservé aux juifs a été au XIXe siècle un réseau communautaire d’entraide puissant, qui jouait un rôle très important d’accueil et d’accompagnement des juifs nouvellement arrivés aux États-Unis. Par la suite, ils ont diffusé dans de nombreux pays du monde dont la France, où l’organisation disposerait d’une soixantaine de loges.




Pour conclure et en complément des explications de Roger Dachez sur l’intégration des juifs dans la franc-maçonnerie, il est aussi intéressant et important de rappeler, à l’aide de cette vidéo du site Conspiracy Watch, ce qu’est « le complot judéo-maçonnique »…